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Pour les amateurs de champagnes issus de cépages blancs à jus blanc, et pour tous les autres épicuriens !

Spirit of Grégoire

Publié le 21 Octobre 2021 par A. VERGUET in Personnalité

Progresser dans les pas du pèlerin pour une rencontre Fayth to Face, voilà ce que propose La Maison Louis Jardin pour son nouvel événement artistique au cœur de la Côte des Blancs. Julie Freichel ouvre l’objectif avec talent et une certaine forme de spiritualité pleine d'humanité !

Il ne faut pas se tromper, l’exposition photographique de Julie Freichel n’est ni un hommage, ni un reportage sur l’action du père Grégoire Herman, ancien curé dans le secteur de la Côte des Blanc (voir encadré).
C’est avant tout le fruit d’une rencontre entre deux personnalités, deux univers amenés à échanger et à se comprendre parfois.
Si le destin du prêtre l’a conduit à quitter « involontairement » son ministère auprès des paroissiens, pour retourner en Pologne, son pays natal et berceau de sa foi, l’âme de ce personnage atypique plane sur le travail de l’artiste, et perle au travers des clichés d’une séduisante symbolique.

Ruralité

« La religion dans un territoire rural est presque un sujet sans fin ! Je suis athée mais intéressée par cet aspect. J’ai voulu savoir, comprendre comment c’était dedans. En me confrontant au père Grégoire, en le suivant, j’ai pu appréhender cette dimension. Ce fut une confrontation de deux pensées mais dans une ambiance toujours amicale et bienveillante. »
Julie a observé le prêtre dans son action au quotidien, elle l’a suivi dans les villages, ce qui lui permet de montrer une ruralité marnaise qui est rarement présentée. « Le père Grégoire n’existe pas clairement dans mon exposition, j’ai travaillé en creux, on entrevoit seulement sa présence. »
Durant un an, la photographe a effectué des recherches iconographiques et religieuses, discuté avec Grégoire, revu des films traitant de la place sociétale de la foi. Puis, elle s’est lancée dans une phase de création, pour ensuite rassembler ses clichés et en les structurant selon des temps liturgiques. 
« Il y a une articulation des moments religieux par rapport aux moments profanes, avec une conservation dans le langage commun, » souligne-t-elle
Originaire de la commune de Marson, c’est là que Julie Freichel a croisé pour la première fois les pas du prêtre. « Il s’occupait de la paroisse avant de changer de secteur, pour finalement arriver plus tard dans la Côte des Blancs. Je me suis intéressée à la manière de s’intégrer de ce personnage décalé et étonnant aussi bien dans un territoire que dans des traditions locales. »
Entre l’artiste et l’homme de Dieu, s’est noué un dialogue, parfois émaillé d’incompréhensions mais qui n’ont jamais été rédhibitoires quant à la dynamique globale.

L’humain au centre du propos

A force de patience et de démarches administratives, Julie a eu même l’opportunité de suivre Grégoire au cours de ses intervention en milieu carcéral. « Ce fut long et complexe, mais mon projet était inscrit dans le temps et basé sur l’humain. Il a été important que je puisse assister aux séances en prison. » 
Au terme de la deuxième année, l’artiste a voulu ajouter quelque chose qui manquait selon elle. « J’ai un rapport à la littérature dans mon travail. Cela se retrouve dans l’exposition avec des tampons que les gens peuvent imprimer pour conserver des phrases entendues en prison, ou des textes d’archives familiales, qui forment un jeu de questions-réponses. »
Alors que la démarche de Julie se matérialisait et se finalisait, Grégoire Herman a orienté la photographe vers la Maison Louis Jardin, lieu artistique du Mesnil-sur-Oger où il venait régulièrement. 
« En fait, tout est arrivé par hasard et naturellement », précise-t-elle. « Une sorte d’alignement des astres pour une nouvelle rencontre artistique avec la famille Mock qui anime le lieu. Notamment avec Patrick qui est également photographe. Lors du tirage des images, j’ai beaucoup travaillé et échangé avec lui, par exemple sur les retouches de couleurs. J’ai voulu mettre les mains dans la matière, prendre les images à bras le corps ! Généralement, un photographe est seul, mais là, j’ai été bien accompagnée dans un parcours de longue haleine. »
Les œuvres de Julie sont basées sur de la capture d’images, une sorte de documentaire à vocation plastique, proche d’un cinéma du réel, où des récits s’intègrent en fonction de l’agencement des œuvres dans l’espace d’exposition.
Un jeu de miroirs sous l’objectif de Julie Freichel pour une rencontre Faith to Face !

-  Terminal #2. « Fayth to Face » de Julie Freichel. Vernissage le 22 octobre à partir de 19 heures. Rencontre avec l’artiste, apéro-dinatoire, concert du groupe Quasi Stella.
Exposition du 23 au 31 octobre, entrée libre le week-end de 14 à 18 heures, la semaine sur rendez-vous.
Maison Louis Jardin, 3, rue Charpentier-Laurain - Le Mesnil-sur-Oger.


Casser les codes

Loin de l’image rassurante, voire ronronnante, d’un curé de campagne se contentant de veiller sur ses ouailles à la mode bourgeoise en ne faisant pas de vague, Grégoire Herman a bousculé les mentalités de bien des façons, mais toujours avec une bienveillance et une compassion non feintes.
Aller vers ceux qui souffrent, ceux qui doutent, ceux qui se sentent perdus peut sembler un lieu commun pour qualifier la démarche d’un prêtre. Pour autant, sous des dehors « iconoclastes » et provocateurs, ce « serviteur de Dieu » d’origine polonaise avait su réveiller les consciences dans leur pratique de la foi au quotidien, tout en apportant du réconfort à toute personne en déshérence spirituelle et sociale quelque soit le lieu pour accomplir son sacerdoce. 
Une ouverture au monde quasi missionnaire qui se conjuguait plutôt mal avec une vision étriquée de ce que doit représenter un « simple » curé. 

Vives réactions

Son départ, aussi brutal qu’involontaire, avait provoqué l’émotion et l’incompréhension de bon nombre de personnes, croyants ou non, sans parler du sentiment d‘injustice. 
Ce ne sont pas les tentatives d’argumentation des instances supérieures de l’Eglise de la région à propos du père Grégoire qui ont arrangé les choses suite à cette éviction, laissant un goût amer…
Parmi des catholiques insoumis qui ne s‘étaient pas arrêtés au blouson noir du curé, des réactions ont fusé : « Dieu ne serait-il pas autant dans les prisons, les bistrots, que dans les cathédrales, loin du poids des préjugés et des replis sur soi ? Et contre toute attente, ne serait-ce pas l’Eglise, en tant qu’institution, qui éloigne du divin ? »
Au final, renvoyer ce prêtre sous d’autres cieux n’a pas occulté le souvenir amical, ni l’impact de son action. Au contraire, tout cela reste vivace. 
Bien qu’il ne puisse être pas présent à l’occasion de l’exposition de Julie Freichel au sein de la Maison Louis Jardin, son esprit demeure bien là et habite les œuvres. N’en déplaise aux esprits chagrins… 

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