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Pour les amateurs de champagnes issus de cépages blancs à jus blanc, et pour tous les autres épicuriens !

Emmanuel Brousse : ministre mort pauvre

Publié le 26 Novembre 2014 par A. VERGUET in Personnalité

Emmanuel Brousse : ministre mort pauvre

Politicien désintéressé, soucieux des économies et de la viticulture, Emmanuel Brousse termina sa vie dans le plus grand dénuement au début du XXe siècle.

Le devoir de mémoire fait parfois sourire… A l’heure où l’on s’est souvenu des morts pour la France lors de la Grande Guerre, certains se sont souvenus d’un ministre mort pauvre (si, si, si, ça a existé !!!).

Dans les allées du dernier salon des Vignerons Indépendants à Reims, le bruit a circulé en faisant lever les têtes des producteurs comme des dégustateurs champenois. L’information est partie d’un producteur du sud-ouest. Et après vérification quasi instantanée, c’était vrai. De plus, Ce brave homme était journaliste !

Rédacteur politique

Depuis, le souvenir de ce ministre mort pauvre fait parler parmi les amateurs de vins et les producteurs de la Marne, quelques personnes envisagent même d’aller sur place pour rendre hommage à ce personnage d’un autre temps.

« Ce n’est plus de nos jours que cela risque d’arriver », commentent certains. Le seul regret des producteurs des Pyrénées-Orientales reste le monument qui rend hommage à Emmanuel Brousse, ce ministre mort pauvre. « La fusée de Tintin », voilà le surnom de l‘édifice…

Si l’on se réfère à la biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly), Emmanuel Brousse est né le 23 août 1866 à Perpignan, et mort le 17 novembre 1926 à Paris. Il fut député des Pyrénées-Orientales de 1906 à 1924, et sous-secrétaire d'Etat aux Finances de janvier 1920 à janvier 1921.

Fils de l'imprimeur-gérant de la société éditrice du journal local L'Indépendant des Pyrénées-Orientales, Emmanuel Brousse y débuta tout jeune comme typographe. Il devait succéder plus tard à son père, après avoir fait ses premières armes de rédacteur politique. Il commença dans la vie politique en se faisant élire conseiller municipal de Perpignan, puis conseiller d'arrondissement et, en 1895, conseiller général pour le canton de Saillagouse.

Economie et viticulture

Il était administrateur des hospices de Perpignan, lorsqu'il se présenta avec succès dans l'arrondissement de Prades aux élections générales législatives du 6 mai 1906. Dans sa profession de foi, il se prononçait en faveur d'une politique « modérée, tolérante, ferme sur le plan extérieur, mais dénuée d'ingérence confessionnelle sur le plan intérieur ».

Il réclamait d'autre part des réformes financières, électorales, administratives, judiciaires et sociales. Inscrit au groupe de la gauche démocratique, il entra aux commissions des comptes définitifs et des économies, du budget, de la locomotion aérienne et aux commissions d'enquête sur la marine et la crise viticole.

Son activité parlementaire fut des plus intenses et ses principales préoccupations allèrent aussi bien aux problèmes viticoles du Midi de la France qu'aux questions sociales et au développement des chemins de fer. Sans négliger les intérêts de son département, en faveur duquel il s'attacha à faire obtenir des crédits extraordinaires, à la suite de certaines calamités atmosphériques, il déposa plusieurs proposions de loi concernant notamment : l'assimilation des préposés communaux des Eaux et Forêts aux préposés mixtes des Eaux et Forêts (1907), l'exonération et le dégrèvement de l'impôt en faveur des populations des régions viticoles (1907), le sucrage et les fraudes sur les vins (1909).

Garantir l’appellation Champagne

En 1907, à la suite de l'agitation des viticulteurs du Midi et de la répression ordonnée par le ministère Clemenceau, il fit voter à la Chambre la loi contre les fraudes et interpella le gouvernement sur les arrestations opérées à la suite de ce soulèvement.

En 1912, il demandait à interpeller sur les mesures que comptait prendre le Gouvernement pour concilier les intérêts « des viticulteurs de nos possessions d'Afrique du Nord avec ceux de la viticulture métropolitaine ». Il avait précédemment pris part aux discussions sur les propositions de loi ayant pour objet de garantir les appellations d'origine des vins de Champagne.

Il joua un rôle important pendant la guerre de 1914-1918, en mettant tout en œuvre pour obtenir des commissions parlementaires une aide efficace pour la défense nationale. Revenu à son banc de député après la démission du cabinet Leygues, le 12 janvier 1921, il déposa de nouvelles propositions de loi comme pour favoriser la production des vins doux naturels. En 1922, il demandait de nouveau à interpeller le gouvernement sur les négociations franco-espagnoles et sur les mesurer à prendre pour « sauvegarder du désastre les grands vins de France » et pour « mettre un terme aux fraudes et aux campagnes entreprises contre la viticulture », et en 1923, sur les mesures à prendre contre « les perturbateurs de l'ordre public, et sur la hausse constante du prix de la vie ».

Les électeurs des Pyrénées-Orientales ne lui restèrent pas fidèles aux élections générales du 11 mai 1924, et il dut quitter la vie politique à la suite du triomphe dans son département de la liste du cartel des gauches conduite par l'ancien ministre Victor Dalbiez. Il mourut deux ans plus tard à Paris à 60 ans.

En souvenir de son dévouement désintéressé et illimité au Roussillon, sa famille et ses amis lui élevèrent, à l'entrée de Mont-Louis, au carrefour des routes de Capcir, de Cerdagne et de Conflent, un monument, où figure cette inscription : « Au bienfaiteur de la Cerdagne, au défenseur de la viticulture, à l'apôtre des économies, au ministre mort pauvre » !

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